Tresser les voix, tresser le temps: Échos de la Gaspésie

Une longue performance de marche


La plupart du temps, nous marchons du point A au point B sans voir ce qui nous entoure. En septembre 2019, j’ai souhaité marcher autrement. J’ai pris la route durant 28 jours et j’ai marché 300 kilomètres en Gaspésie, du 17 septembre au 14 octobre 2019. C’était une longue performance qui a commencée à Rivière-au-Renard et qui s’est terminée à Carleton-sur-Mer. J’allais à la rencontre des inconnu.e.s et par le jeu du hasard, j’errais sur la route et dans mon esprit. Est-ce cohérent de parler d’errance lorsqu’on connait l’itinéraire? Bien sûr, parce qu’il y a différentes formes d’errances. La mienne suivait le chemin de la création et l’expérience de la rencontre. J’avais des interrogations sur l’état du monde, sur l’écologie et sur les relations humaines. Devant trop de questions, j’ai préféré écouter ce que les gens avaient à dire sur la Gaspésie, car sa situation géographique lui attribue un caractère exotique. Je suis native de Gaspé et même si j’ai dû la quitter, elle fait aussi partie de moi. Ma recherche-création pour le doctorat était un bon moment pour y retourner.

Dans ma démarche, j’ai posé une question large pour ensuite récolter des récits spontanés, généreux, riches. Je me laissais porter vers les gens qui pouvaient, s’ils le voulaient, me raconter ce que signifie vivre près du littoral. Je marchais sur la route 132, au bord de la plage, sur la grève et le long de la voie ferrée désaffectée. Ces récits ont fait le chemin avec moi, où je m’imprégnais du golfe, de la mer, de la baie et ensuite le long du fleuve pour le retour à Montréal (en autobus…).

L’ensemble Tresser les voix, tresser le temps est une œuvre processuelle et participative qui se déploie dans l’espace et dans le temps. C’est une expérience de liens, de la mémoire, du rapport au territoire et à la nature. Dans ce jeu de l’errance, un dialogue s’est installé avec la nature. Je me suis laissé guider par l’écoute de mes sens ; ce que je vois, j’entends, je sens, je goûte et je touche. J’ai joué avec le vent et j’imaginais toutes les voix qu’il porte sur le territoire et dans le temps. Comme les vents, les voix sont translucides. Elles nous traversent et nous soulèvent. Elles se tressent en ramifications, d’une parole vers une autre, d’une génération à une autre, d’un bout du fleuve Saint-Laurent à l’autre et même d’un continent vers un autre.

En continuité avec ma démarche, je propose d’écouter les récits, Échos de la Gaspésie, en marchant près du fleuve ou si possible près d’un cours d’eau, pour en faire une expérience personnelle de dérive des sens. Car, la marche comme expérience esthétique nous dispose à transformer le monde. 

« Monde signifie ici la totalité de ce qui est, le tout formé par la nature et l’histoire. Il n’est pas, n’existe pas, mais se déploie. Il s’adresse à nous, nous requiert et se retire, se refuse. Et il joue en tant que tel avec l’être humain qui, non plus, n’est pas un être ou un étant, mais se trouve [constitué] à travers le jeu qui le traverse ». (Kostas Axelos, philosophe. 1996)





Je remercie les organismes et les personnes pour leurs supports dans le cadre de ma recherche-création ;  les participant.e.s rencontré.e.s en Gaspésie, le Fonds de Recherche - Société et Culture - du Québec pour son soutien dans le cadre du programme de Bourse de formation au doctorat, programme Études et pratiques des arts, de l’Université du Québec à Montréal ; Hexagram UQAM et son équipe ; le Centre d’artistes Vaste et Vague (Carleton-sur-Mer) et Madame Guylaine Langlois ; ainsi que ma directrice de recherche Madame Andrée Martin, artiste et professeure au Département de danse de l’UQAM, qui la première a crue en ma proposition de recherche. Cette création est partie intégrante de ma thèse doctorale en recherche-création.




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© Sophie Cabot 2020